Le Forum de l’évêque: Remettre du Bien commun entre nous
Chères amies, chers amis, 5 novembre 2026
D’abord je vous adresse un grand merci, de ma part et de celle de toute l’équipe de Chez Re-née pour votre générosité à la suite de l’appel que j’ai relayé. Á ce jour, 3 personnes ont fait un pas vers nous pour nous aider. Nous sommes en train de faire connaissance. Et nous avons reçu environ 2000€ de dons. Plus quelques nouveaux témoignages. Tout ceci est encourageant et peut encore être poursuivi si certains d’entre vous le souhaitent. Je vous donnerai régulièrement de nos nouvelles. www.chez-re-nee.com/
Aujourd’hui, mon esprit est absorbé, peut-être comme le vôtre, par la situation générale de notre pays. J’y trouve à la fois un constat, des urgences, et aussi un espoir.
Le constat, c’est qu’il semble exister « un mal français », c’est celui d’une propension certaine à la division. Déjà Jules César se plaignait, dans « La Guerre des Gaules », de cet étrange génie gaulois à dresser les unes contre les autres factions contre factions. Pas un prétendant (à gouverner la Gaule à la place de Rome) qu’il n’ait écarté, qui n’ait immédiatement suscité son successeur… La domination des Francs, aux 6e et 7e siècles de notre histoire n’a pas réussi à effacer cette marque de fabrique. Nous nous appelons « Français », mais nous sommes plus « Gaulois » que jamais.
Il me semble que cet esprit de division est la conséquence de l’effacement du Bien commun. Les visées politiques actuelles ne sont plus qu’à très court terme. Elles sont au service d’intérêts particuliers, de ce qui va permettre d’être élu ou réélu, de ce qui va fournir à un parti des électeurs qui lui seront acquis.
Et les médias obéissent au même objectif : elles ne veulent que de l’audience. Et plus il y aura d’opinions différentes et antagonistes, plus leur audience montera. Enfin, il y a ceux qui se découvrent opportunément des ennemis, car cela leur permet de masquer leurs divisions internes.
Mais le mal n’est pas que chez les autres… Politiques, médias et consorts sont aussi le reflet de nos aspirations contradictoires, de nos priorités dévoyées, de notre courtermisme. Pour une part, ces dérives sont aussi les nôtres.
C’est pourquoi il est urgent de ne pas nous laisser « embarquer » davantage. Nous devons essayer de freiner cet esprit de division et de faire du Bien commun notre priorité, que nous soyons décideurs ou simples citoyens. Ce qui, bien évidemment n’empêche pas d’avoir des opinions « bien à soi ».
Ce devoir, qui est celui de tous, est particulièrement assigné aux chrétiens. C’est même peut-être le seul. Que leur est-il demandé ? De lier plutôt que de délier, de construire plutôt que de détruire, de tendre la main plutôt que d’invectiver. En somme, de construire des ponts.
Car la vie, l’enseignement et la Passion de Jésus nous invitent à cette unique priorité : comment vivre ensemble, en enfants du même Père ? Au jour du jugement (qui commence à chaque instant), nous devrions pourvoir entendre cette paraphrase de la parole de Jésus (Matthieu 25) : « Á chaque fois que vous aurez tendu la main à celui que vous ne vouliez pas voir, c’est à moi que vous l’aurez tendue ».
J’ai longtemps réfléchi aux similitudes entre le Bien commun et le Royaume des Cieux, et même avec le « Père » dont parle Jésus. Si je n’oublie pas les différences, je crois pouvoir dire que, du fait de la venue du Christ dans l’humanité, et de sa présence permanente avec nous, la « transcendance », le Tout Autre, est désormais « parmi nous », tout en restant autre et inaccessible. Le Bien commun, c’est ce qui est « au centre du village ». Comme l’église… C’est Dieu parmi nous, entre nous, avec nous.
Oui, surtout si elle est laïcisée, une société court de grands risques à oublier le Bien commun. Non seulement celui-ci a pour vocation d’« édifier », toutes sortes de choses, des écoles, des maisons de santé, des événements à célébrer, de la redistribution sociale, un projet de société, mais c’est aussi le ciment qui fait tenir ensemble les pierres de la Maison France (cela pourrait aussi devenir un jour l’objectif de la « Maison Monde »). Sans ciment, les pierres se déchaussent et la maison menace ruine. Comme le ciment, le Bien commun ne se voit pas toujours, alors qu’il est indispensable. C’est donc notre job à nous, citoyens ordinaires, à nous tous et à chacun, de prendre la truelle…
Mais comment rejointoyer ce qui se déchausse entre nous ? Primo, voulons-nous que la Maison tienne ? Voulons-nous vivre ensemble ? Le contrat social qui nous lie est-il toujours fondé, complet, efficace ? Si c’est non, il faut savoir ce qu’on propose pour l’améliorer. Si c’est oui, alors il faut faire un bon ciment.
Alors là, secundo, cela demande un peu de savoir-faire. Comment réintroduire du Bien commun ? Je me suis dressé la liste des objectifs que je me donne, à moi-même seulement, car je ne veux pas parler pour d’autres… D’abord, m’efforcer de bien m’informer, de ne pas colporter ce dont je ne suis pas sûre (de rester prudente aussi à cause des ingérences étrangères, qui devraient aller en croissant dans les mois à venir), bref, de garder une distance critique avant de juger.
Puis consentir à écouter, (surtout ceux qui m’énervent !) et, si l’occasion se présente, leur parler. Ensuite, faire taire en moi le démon de l’envie, que René Girard appelle la rivalité mimétique : « Je veux ce qu’il a », qui est l’un des plus sûrs moyens d’aller à la guerre.
Et enfin me demander comme un refrain : Est-ce que mon comportement, paroles et gestes, favorise la paix ? En sachant que la paix n’est pas l’absence de guerre, et qu’elle ne va pas sans la justice. En somme, que mon objectif reste intact : ne pas contribuer à la division et même la dénoncer, avec courage si besoin.
Accueillir et fortifier le Bien commun, cela signifie ensuite regarder plus loin, dans le temps et dans l’espace, accepter « d’élargir l’espace de nos tentes », comme le dit la Bible, au-delà de nos cercles habituels et de nos préférences sociales, dans l’exact contraire de ce que nous inoculent les réseaux sociaux qui ne nous poussent que vers ceux qui nous ressemblent. Cela conduit aussi à nous intéresser à ce que font nos voisins, européens, par exemple. C’est en regardant autrui, quel qu’il soit, que l’on apprend vraiment qui on est.
Enfin, combattre la di-vision ne se fait qu’avec une vision. C’est elle qui nous donne de l’élan. Cela commence avec un inventaire : Qui sommes-nous, chacun et ensemble, quels sont nos atouts, nos faiblesses aussi, nos richesses, nos hauts faits, passés et présents ?
Cela continue avec la Bonne Nouvelle : oui, nous sommes aimés de Dieu, et le Christ nous a promis un avenir. Qu’il soit peut-être difficile augmente l’urgence d’en dessiner les contours, d’abord pour soi, ensuite entre tous, et de l’aborder avec la promesse de l’amour indéfectible du Christ.
Alors, nous saurons comment nous voulons, ensemble, faire société. Et l’horizon redeviendra désirable.
Merci d’avoir lu ces suggestions. Prolongeons-les par mail si vous en éprouvez le souhait, qu’elles vous heurtent ou qu’elles vous donnent à penser.
Amicalement, Anne




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