Mort de Lyhanna : Quelle parole chrétienne ?

La parole chrétienne est celle de tout le monde. Et l’horreur et la tristesse invitent d’abord au silence. Les mots manquent, on les cherche sans les trouver, et quand on ose les dire, ils ont un goût amer, tant ils paraissent faibles et inadaptés.
Ils sont encore plus difficiles à trouver quand la victime est une enfant. Comment est-il possible que toute cette œuvre de vie soit transformée en mort, stoppée en pleine course ? Comment le ventre d’une mère ne frémirait-il pas ? Comment un père parviendrait-il à dire sa peine ? Des torrents de questions surgissent. Qu’aurait-on dû voir, quelles mises en garde aurait-on pu faire ? Car la culpabilité est une morsure douloureuse et tenace. Aurais-je tout fait que je me sentirais encore coupable.
Mais pour que notre silence ne soit pas de l’indifférence, il peut s’accompagner par une présence, une proximité physique ou épistolaire. Dire « je suis là, avec toi » est le seul chemin qui ne semble pas barré. Á condition, bien sûr, d’éviter l’étalage de son propre pathos. Alors il devient possible, peut-être, de se mettre du côté des éprouvés, à leurs côtés.
Dans le cas de cette enfant, il y a aussi beaucoup de colère, et elle est nécessaire. Bien sûr, il y a celle qui est sur toutes les lèvres, l’insupportable accumulation des fautes professionnelles qui ont abouti à ce drame. Le chrétien, en cette matière, dit ce que dit le citoyen : il demande justice.
Il y a plus encore. Comment taire la colère devant ces hommes qui, depuis la nuit des temps, prennent les femmes pour des objets sexuels ? Qui, pour satisfaire une virilité fantasmée, une image puissante d’eux-mêmes, usent et abusent d’elles comme si leurs corps n’étaient que le prolongement du leur. Qu’une colonie, un terrain de chasse destiné à satisfaire leurs pulsions. Depuis l’aube des temps, combien de femmes en ont pâti au point d’en mourir ?
La colère monte encore quand la victime est une enfant innocente, confiante, prête à monter dans la voiture de celui qu’elle connaît, qui lui offre des friandises tous les jours à la porte du collège, qu’elle ne suspecte pas puisqu’il « fait des chatouilles comme papa ».
Pour mettre fin à ces crimes, il y a une parole publique d’exhortation à tenir : que jamais plus cela ne recommence ! Sitting, marches blanches, pétitions, sanction électorale, rien n’est à négliger.
Les crimes sexuels devraient aussi être vus sous leur angle médical. Bien souvent, le diable s’est habillé en testostérone ! Si cette hormone est nécessaire, elle peut aussi être en excès, déborder le libre arbitre de quelqu’un et le pousser à l’agression sans qu’il parvienne à résister, tant la pression intérieure est forte.
Devant tant de drames insupportables, ne pourrait-on réfléchir plus sérieusement que ce n’est encore le cas à la castration chimique qui, par des médicaments, diminue la testostérone, même s’il faut passer outre à cette idée abstraite et fantasmée d’une liberté sans restriction ?
Personnellement, je pense que, dans ces cas avérés, des incitations plus coercitives devraient être proposées. Et bien sûr, je ne les tiens pas pour une punition ou une amputation, mais bien plus comme des actes de sauvegarde. Autant de victimes évitées, autant d’agresseurs protégés contre eux-mêmes et qui resteront des personnes libres et dignes. N’est-ce pas préférable à la prison et à la honte ? S’assurer contre le feu est toujours moins onéreux que reconstruire sa maison.
Au-delà de ces quelques observations, quelle parole chrétienne existe-t-il en une telle circonstance ? La première est de ne pas accuser Dieu « d’avoir laissé faire », ou de nous avoir fait faillibles, affligés de mille maux. Nos vies sont entre nos mains, et nous sommes, chacun pour soi et la société pour tous, les acteurs de ce qui nous arrive. Dieu ne nous a pas promis un monde idéal…
La seconde est, comme il en a été question à l’instant, de reconnaître la part du mal et de tenter de le combattre le plus efficacement possible. D’épargner et même d’entourer la famille de l’agresseur, son épouse, ses enfants, si le suspect se révèle bien l’auteur du crime. Subitement, ils plongent dans une tragédie dont il leur sera difficile de se déprendre.
Mais la parole chrétienne n’est pas faite pour brider ou décourager. Elle est d’abord porteuse d’espérance. Rien n’est jamais fini, à condition d’admettre que tout change. Le dynamisme de la vie donné à cette enfant par ses parents ne disparaît pas avec sa mort physique. Il demeure, mais il se transforme.
Il reste que c’est un message paradoxal. Il y a une épreuve chrétienne à assumer : nous proclamons que nos morts atteignent le bonheur en Dieu, mais nous ne savons rien en dire, alors que c’est le centre de notre foi que de le proclamer. Oui, la parole chrétienne s’accomplit quand elle accepte à la fois son ignorance et la confession d’une vie au-delà de la vie. Seules la foi en la résurrection du Christ et le rappel du bien qu’il a fait durant son existence permettent d’avancer.
J’ignore quels sont les choix religieux de la famille de Lyhanna. Mais une promesse existe, celle d’une vie après la mort, auprès d’un Dieu qui accueille sans réserve et sans distinction religieuse, mais du seul fait qu’il aime. Elle affirme que, même si le corps de cette fillette n’est plus, Lyhanna, dans ce qu’elle a d’unique, est en lieu sûr, en Dieu.
Anne Soupa

Image générée par l'IA 


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