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En légende de l’image : Les 40 martyrs de Sébaste. Ivoire byzantin, 10e s. Il s’agit de la persécution de 40 soldats chrétiens qui ont été exposés sur un lac gelé jusqu’à ce que mort s’en suive. Le culte de ces jeunes gens a été très important en Orient. Cette histoire n’a pas de rapport avec la catastrophe actuelle, juste celui du nombre et de l’innocence de ces jeunes gens.

La mort à 20 ans, Le Constellation

5 janvier 2026/1 Commentaire/dans blog, une/par Anne Soupa

En légende de l’image : Les 40 martyrs de Sébaste. Ivoire byzantin, 10e s. Il s’agit de la persécution de 40 soldats chrétiens qui ont été exposés sur un lac gelé jusqu’à ce que mort s’en suive. Le culte de ces jeunes gens a été très important en Orient. Cette histoire n’a pas de rapport avec la catastrophe actuelle, juste celui du nombre et de l’innocence de ces jeunes gens.C’est une immense tragédie que celle du Constellation de Crans Montana : 40 morts, plus de 115 blessés dont beaucoup gravement brûlés. Comment ne pas en parler ? Et comment ne pas vouloir se taire, tant la nouvelle accable ?

Mais il y a les vivants… les blessés qui souffrent le martyre, les familles à la recherche de leurs enfants, les secouristes qui se donnent sans compter et dont le cœur a chaviré en voyant la gravité des blessures, les autorités sommées d’informer alors qu’elles n’en ont pas les moyens, les gérants du bar dont l’accablement est imaginable, et nous tous, qui ne sommes pas directement touchés, mais que l’ampleur de la tragédie atteint aussi.

Et puis il y a la mort. Qu’avons-nous à dire devant elle ? Certes, ces victimes sont sans doute loin de nous. Mais l’Europe est notre village, les victimes sont de tous les pays, dont la France. Et surtout, nous savons bien que devant toute mort, on se comporte de manière particulière. On pourrait paraphraser Camus : « la mort, ça oblige ». Pourquoi les Marches blanches réunissent-elles autant de personnes ? C’est bien que, confusément, chacun cherche l’attitude la plus juste, la plus « ajustée » à la circonstance.

Alors, que dire qui ne soit ni l’évitement (« la mort, c’est pour les autres »), ni la répétition d’informations qui ne nous mènent à rien, ni encore une morale déplacée (« ce monde moderne », « ces distractions futiles » …). Que dire, enfin, qui ne soit le fruit d’un désir de défausse (« Á qui la faute ? Aux issues de secours qui seraient peu accessibles ? Aux gérants qui auraient mal respecté les normes ? Aux secours trop lents ? etc…) ?

Car la question de la faute rôde autour de la mort d’autrui. Bien sûr, des enquêteurs remonteront maillon après maillon la chaîne des erreurs ou des infractions. Mais notre impatience presque compulsive à chercher la faute est plus obscure. La vérité est que la mort nous provoque, directement, même si nous ne connaissons aucun de ces jeunes gens, aucune de ces familles, et si nous n’avons jamais été à Crans Montana. En un instant, elle fait de nous des vivants devant des morts.

Et même si cela n’a rien de rationnel, il y a quelque chose d’insupportable à voir autrui sombrer et lui survivre. Nous nous comportons comme si nous devions rendre des comptes, parce que la faute deviendrait collectivement la nôtre. Ce sentiment a été analysé depuis longtemps, c’est « la culpabilité du survivant ». Devant la mort d’autrui, la pulsion de mort pèse plus lourd. On dirait qu’elle nous reproche de vivre ! Aussi, force est d’admettre que, devant toute mort, nos psychismes restent comme aimantés par la pulsion de mort.

Enfin, la mort pousse à interroger Dieu. « Pourquoi laisse-t-il faire » ? La réponse, qui mériterait plus que cette phrase rapide, est que Dieu nous laisse libre. Au livre de la Genèse, le Créateur a donné le jardin aux humains pour le cultiver et le garder. Le monde est leur affaire.

Une fois ces préalables reconnus, que reste-t-il à dire ? Nous savons que nos mots sont dérisoires, que notre impuissance est totale. Les morts sont ailleurs, et pour toujours. Mais la mort, elle, est bien là, dans toute sa cruauté. C’est pourquoi, pour ma part, je me méfie d’un discours trop assuré (« ils restent avec nous », « ils sont là ») que l’on entend parfois, car il ressemble à un déni.

Souvenons-nous de Marie de Magdala, au matin de Pâques, qui demande trois fois de suite :« Où est le corps ?». Elle veut se placer en face de la mort, elle refuse d’en faire l’économie. On en sourit : serait-elle un peu faible d’esprit ? Mais c’est le contraire ! Elle va ainsi au cœur de sa condition d’être humain.

Les Marches blanches qui se sont spontanément multipliées depuis quelques années nous offrent, me semble-t-il, quelques repères utiles. Elles expriment le besoin intense d’être « entre vivants » pour se réconforter, presque pour conjurer la mort, souvent avec des fleurs, cadeau inutile mais plein de sens. Au cours de ces marches, les corps parlent. Ils ont leur langage. Quand les mots défaillent, ce sont eux qui canalisent l’émotion. On s’embrasse, on s’étreint, « il fait moins mal » lorsqu’on se sent respirer, comme si c’était le signe de la présence continue de Dieu en soi, « il fait moins mal » de chanter, d’user des mots d’autrui, mots d’un poème, d’une parole de sagesse, ou d’une prière. La liturgie, quand elle peut avoir lieu, est aussi une aide précieuse.

Mais la foi, alors ? La foi en la résurrection de la chair, celle qui atteste de notre identité chrétienne ? Qu’a-t-elle à nous dire ? Que la mort n’a pas le dernier mot. Que les défunts sont en Dieu, et qu’ils y sont bien. Sans que l’on en sache davantage…  Tel est le fil suspendu sur lequel les chrétiens avancent….

Mais la foi nous intime d’être là, c’est-à-dire de nous tenir debout, les yeux ouverts sur la dure réalité. « Ceins tes reins comme un brave », dit Dieu à Job. La consigne, symboliquement, vaut aussi lors de drames lointains, comme celui de Crans. Elle consiste à écouter son cœur, à puiser dans ce capital de compassion que nous avons tous, mais que, bien souvent, par pudeur, nous réfrénons.

Le fruit de la compassion, c’est de nous sentir « avec », de nous découvrir liés à ces familles endeuillées. Et c’est d’avoir regardé la mort en face, la mort comme cette évidence radicale qui nous est commune -tous et toutes, nous mourrons- qui aura, mystérieusement, fait grandir une petite once de fraternité. Un grand profit !

Malgré ces tristes événements, ceux de Crans comme ceux du monde, le début de l’année nous invite à formuler des voeux. Par son urgence, un seul me paraît résumer tous les autres : le courage.

Bonne et courageuse année 2026 !

Très cordialement,

Anne Soupa

En légende de l’image : Les 40 martyrs de Sébaste. Ivoire byzantin, 10e s. Il s’agit de la persécution de 40 soldats chrétiens qui ont été exposés sur un lac gelé jusqu’à ce que mort s’en suive. Le culte de ces jeunes gens a été très important en Orient. Cette histoire n’a pas de rapport avec la catastrophe actuelle, juste celui du nombre et de l’innocence de ces jeunes gens.

En légende de l’image : Les 40 martyrs de Sébaste. Ivoire byzantin, 10e s. Il s’agit de la persécution de 40 soldats chrétiens qui ont été exposés sur un lac gelé jusqu’à ce que mort s’en suive. Le culte de ces jeunes gens a été très important en Orient. Cette histoire n’a pas de rapport avec la catastrophe actuelle, juste celui du nombre et de l’innocence de ces jeunes gens.

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1 réponse
  1. Anne Soupa
    Anne Soupa dit :
    5 janvier 2026 à 9h49

    En légende de l’image : Les 40 martyrs de Sébaste. Ivoire byzantin, 10e s. Il s’agit de la persécution de 40 soldats chrétiens qui ont été exposés sur un lac gelé jusqu’à ce que mort s’en suive. Le culte de ces jeunes gens a été très important en Orient. Cette histoire n’a pas de rapport avec la catastrophe actuelle, juste celui du nombre et de l’innocence de ces jeunes gens.

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