Fin de vie, oui, mais fallait-il une loi?

J’avoue que j’ai longtemps résisté à aborder ce sujet difficile, Pourtant la question nous concerne tous. Il faut bien la regarder en face ! Je résiste parce que la réponse doit être si nuancée, si adaptée aux circonstances et à la personne malade, que je vois mal que l’on vote sur un tel sujet.
Par, ailleurs, la loi actuelle ne suffisait-elle pas ? N’est-ce pas le consensus entre une équipe soignante et le malade, éventuellement la famille, qui doit, au cas par cas, trouver la solution ? Les soignants, en général opposés, font valoir que lorsque les soins palliatifs sont proposés, la demande d’aide à mourir n’existe quasiment plus. Leur parole semble être entendue, car les articles concernant l’extension des soins palliatifs ont été votés à l’unanimité.
Mais pour les partisans de la loi, la question se situe plus en amont : c’est celle de l’instauration d’un droit. C’est à cette question qu’il faut accepter de réfléchir. Peut-on, au-delà du suicide, légaliser ce « droit », c’est-à-dire prévoir les conditions dans lesquelles il sera mis en pratique ?
La seconde lecture du projet a rendu le propos plus raisonnable : c’est le malade qui administre le produit létal, et non le soignant, sauf empêchement majeur. Il y a donc moins de risques de manipulation de la volonté d’un malade de la part d’une famille pressée d’en finir. Il reste que ce droit peut inciter un malade « généreux » à vouloir abréger sa vie pour ne pas peser sur ses proches.
J’écarte, pour ma part, l’objection souvent formulée par les catholiques, que la fin d’une vie appartient à Dieu et non à l’être humain. Je crois que Dieu nous laisse libres, et qu’il est légitime, selon le plan de Dieu de vouloir éviter la souffrance, et donc d’en venir à accepter de mettre un terme à sa vie lorsqu’aucun soin n’est efficace. Et je crois que chacun doit rester libre devant « le mourir », car ce moment de nos vies est essentiel. Il mérite dons d’être pleinement vécu par chacun, dans la communion avec ses proches, lorsqu’elle est possible. Pour cette liberté qui nous est donnée, je crois que chacun peut demander d’être aidé à mourir.
Je récuse cependant avec force le terme aussi souvent invoqué par les partisans de la loi de « dignité ». La dégradation du corps ou de l’esprit rendrait la prolongation de la vie « indigne ». Or, depuis toujours, les chrétiens soignent, toutes sortes de maladies, et ils savent bien que l’indignité n’est pas là ! Dans ce qualificatif, je vois une dérive assez grave, car elle ampute la nature humaine de son amplitude. Bien sûr que si, nous sommes tous « dignes », jusqu’à notre dernier souffle, quelle que soit la maladie dont nous souffrons !
Cependant, si une société en arrive à croire que la maladie rend une personne indigne, alors, oui, il y a là une réalité qui n’augure rien de bon, mais contre laquelle il est difficile de lutter. Pour moi, c’est cet argument que je trouve inquiétant.
Je dois donc constater que ce droit n’est pas toujours invoqué pour de bonnes raisons. Alors, en existe-t-il de « bonnes » ? Oui, c’est la liberté de chacun. Et comme cette liberté ne me fait aucun tort, je ne me sens pas le droit de m’insurger contre elle. J’ai juste un regret, un petit avis personnel. Je ne pense pas que la loi, dans ce cas-là, soit la bonne manière. J’aurais préféré que la décision reste dans le champ de la casuistique et non de la loi. L’existence d’une loi peut conduire à des dérives que nous ignorions encore. L’avenir dira…
Anne Soupa






